Pourquoi tu danses quand tu marches ? de Abdourahman A. Waberi

pourquoi tu danses quand tu pleures ?
Titre : Pourquoi tu danses quand tu marches ?
Auteur : Abdourahman A. Waberi
Éditeur : JC Lattès
Date de parution : 21 août 2019

Résumé

Un matin, sur le chemin de l’école maternelle, à Paris, une petite fille interroge son père : « Dis papa, pourquoi tu danses quand tu marches ? ». La question est innocente et grave. Pourquoi son père boite-t-il, pourquoi ne fait-il pas de vélo, de trottinette… ? Le père ne peut pas se dérober. Il faut raconter ce qui est arrivé à sa jambe, réveiller les souvenirs, retourner à Djibouti, au quartier du Château d’eau, au pays de l’enfance. Dans ce pays de lumière et de poussière, où la maladie, les fièvres d’abord puis cette jambe qui ne voulait plus tenir, l’ont rendu différent, unique. Il était le « gringalet » et « l’avorton » mais aussi le meilleur élève de l’école, le préféré de Madame Annick, son institutrice venue de France, un lecteur insatiable, le roi des dissertations.

Abdourahman Waberi se souvient du désert mouvant de Djibouti, de la mer Rouge, de la plage de la Siesta, des maisons en tôles d’aluminium de son quartier, de sa solitude immense et des figures qui l’ont marqué à jamais : Papa-la-Tige qui vendait des bibelots aux touristes, sa mère Zahra, tremblante, dure, silencieuse, sa grand-mère surnommée Cochise en hommage au chef indien parce qu’elle régnait sur la famille, la bonne Ladane, dont il était amoureux en secret. Il raconte le drame, ce moment qui a tout bouleversé, le combat qu’il a engagé ensuite et qui a fait de lui un homme qui sait le prix de la poésie, du silence, de la liberté, un homme qui danse toujours.

Avis de Stéphanie

note 5

Alerte coup de cœur littéraire !
J’ai été absolument bouleversée par la lecture de ce roman.
Le narrateur se promène dans les rues de Paris avec sa fille, Béa, qui est encore une enfant. Une enfant qui n’a pas peur de poser des questions, qui n’a pas peur de demander à son père non pas les raisons pour lesquelles il boîte mais simplement : Pourquoi tu danses quand tu marches ?

À cette question dont la réponse aurait pu aisément tenir en une phrase, le père de Béa va apporter une réponse (longue qui s’étire sur 250 pages) nourrie par l’incessant va-et-vient entre le passé et le présent, entre Djibouti et Paris, entre son moi enfant et son moi adulte.
Il se raconte, il raconte sa famille, sa douleur, sa souffrance, sa solitude, son mal d’amour et de reconnaissance, mais aussi ses joies, etc. Et contre toute attente, il ne s’attarde pas tant sur la maladie qui est la cause de sa démarche dansante comme il aime à dire mais plutôt sur ses émotions et sur cette constellation d’êtres auprès desquels il grandit.
En nous parlant de lui, il nous parle de l’enfance, de la sienne comme de la nôtre. L’enfance universelle confrontée à la cruauté des enfants, à l’indifférence et à la violence des parents, à la solitude imposée.

Quelle écriture ! Quelle force imagée ! Quel bonheur de retrouver des références littéraires à peine déguisées : je pense notamment à Blaise Pascal dont la célèbre « pensée » portant sur le nez de Cléopâtre et son incidence sur la face de la Terre est mise à l’honneur. Je pense aussi à cette autre référence implicite à Amadou Hampâté Bâ lorsqu’il compare la mort de sa grand-mère à une bibliothèque qui brûle.

Voici donc un roman qui mérite que l’on s’y attarde, une histoire qui demande à être lue pour lever les dernières barrières de la mémoire récalcitrante, pour rejoindre le bastion de l’enfance et pour affranchir l’adulte de son passé et le voir se saisir du présent.

Stéphanie

coup de coeur

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